Il n'est qu'une erreur et qu'un crime: vouloir enfermer la diversité du monde dans des doctrines et des systèmes. C'est une erreur que de détourner d'autres hommes de leur libre jugement, de leur volonté propre, et de leur imposer quelque chose qui n'est pas en eux. Seuls agissent ainsi ceux qui ne respectent pas la liberté, et Montaigne n'a rien tant haï que la « frénésie », le furieux délire des dictateurs de l'esprit, qui veulent avec arrogance et vanité imposer au monde leurs « nouveauté » comme la seule et indiscutable vérité, et pour qui le sang de centaines de milliers d'hommes n'est rien pourvu que leur cause triompe. Stefan Zweig, à propos de Michel de Montaigne, père des essais.

Quel lien y’a-t-il entre le cholestérol, les lipides et… des lapins?

Posted: mardi 27 octobre 2009 | Publié par Frank | Libellés : , ,

Depuis environ 40 ans, l’athérosclérose est définit comme une accumulation de lipides (saturés) à l’intérieur des artères jusqu’à son obstruction plus ou moins complète. Lorsque le sang n’arrive plus à passer, l’angine de poitrine et ultimement, une crise de cœur s’ensuivent. C’est la version populaire de l’athérosclérose. Elle est complètement fausse. Le cholestérol et les gras saturés ne s'accumulent pas dans la lumière d’une artère.

Cette théorie à toujours été contesté par les cardiologues sérieux qui savent très bien que l’athérosclérose survient entre différentes couches de l’artère, derrière l’endothélium pour être plus précis, et que le cholestérol y est en fait absorbé par des macrophages. La théorie des lipides stipule que lorsque le taux de cholestérol sanguin augmente, il pénètre à l’intérieur de l’endothélium et s’y coince. Les macrophages circulant dans le sang entre alors également à l’intérieur de l’endothélium et absorbe le cholestérol qui s’y trouve. Cette accumulation de macrophage tue des cellules locales, conduisant à une calcification de la lésion et à un cap fibreux composé de collagène qui recouvre la lésion. Lorsque le cap se rupture, les caillots sanguins libérés (thrombose) se coincent au niveau de la lésion, elle obstrue le passage du sang et une crise cardiaque s’ensuit. En voici une illustration.




Cette théorie est déjà beaucoup plus près de la réalité, versus la version populaire décrite plus haut, mais il y a encore d’importantes modifications à lui apporter. Ce sera l’objet de communications futures. Pour l’instant, j’aimerais regarder comment nous en sommes venu à croire que le cholestérol s’accumule dans la lumière de l’artère.

Deux personnages ont joué un rôle considérable dans notre histoire : Ignatowski et Nikolai Anitschov.

En 1909, Ignatowski a produit de l’athérosclérose chez des lapins en leur donnant une diète de viande, œufs et de lait.

En 1913, Anitschov et un de ses collègues ont reprit les résultats d’Ignatowski et ont isolé différents facteurs pour finalement induire l’athérosclérose chez les lapins en leur donnant du cholestérol pure dissolu dans de l’huile de tournesol. L’athérosclérose développée chez les lapins était particulièrement semblable à celle trouvée chez l’homme. La lésion possédait un corps graisseux riche en cholestérol calcifié et était recouverte d’un cap fibreux.

À la différence de l’homme, par contre, le lapin accumulait du cholestérol à des endroits plutôt étranges : au niveau des yeux, au niveau des organes vitaux et directement dans les artères, ce qui ne se produit jamais chez l'être humain (à l'exception des cas d'hypercholestérolémie familiale très sévères). Ce sont à partir de ces expériences que l'idée que le cholestérol s'accumule directement dans les artères et les obstrue est née.

Un fait intéressant est que dans le cas des lapins, la plaque d’athérosclérose ne se rupturait  jamais.  À ce jour, nous savons qu’un des facteurs déterminant de la rupture ou non de la plaque est la balance entre la dégradation et la synthèse du collagène. Pour synthétiser du collagène, la vitamine C est requise. Les lapins produisent eux-mêmes leur vitamine C, ce qui n’est pas le cas de l’Homme. Est-ce que le manque de vitamine C pourrait être un facteur d’importance dans la fatalité de l’athérosclérose?

Anitschov lui-même n’accusait pas le cholestérol d’être la cause de l’athérosclérose. Il considérait toutefois que le cholestérol était nécessaire pour que la pathologie se développe. Anitschov n’était jamais venu à la conclusion que le cholestérol alimentaire causait l’athérosclérose. En fait, comme il l’écrivait lui-même :

Chez les humains, les conditions d’athérosclérose sont différentes. Il est certains que des doses aussi importantes de cholestérol ne sont pas ingérée avec la nourriture ordinaire. Chez les patients humains, nous avons probablement à faire face à un dérèglement du métabolisme du cholestérol, qui peut conduire à l’athérosclérose même si l’hypercholestérolémie est moins prononcée, en autant que cela est de longue durée et associé avec d’autres facteurs de lésion.

Il faut avouer que de provoquer l’athérosclérose chez des lapins herbivores en leur donnant une diète de carnivore semble suspect. Mais ce ne semble pas être un point important parce que chez toutes les autres espèces, carnivores ou pas, lorsque l’on augmente de façon considérable le taux de cholestérol sanguin, l’athérosclérose finit par se manifester.

Il semble donc y avoir un lien entre l’hypercholestérolémie, mais le lien n’est pas clair. Est-ce que c’est vraiment l’hypercholestérolémie qui cause l’athérosclérose, la forte concentration du cholestérol dans le sang, ou est-ce qu’il  a un autre mécanisme parallèle à l’œuvre ?

Ce sera le sujet de ma prochaine communication.

2 commentaires:

  1. Caroline a dit…
  2. Je n'ai actuellement fait aucune étude poussée sur le sujet à travers la littérature scientifique, mais de mes quelques connaissances en nutrition, je dirais (et peut-être que je me trompe, mais bon) que ce que tu rapportes dans ton article est ce qui devrait être véhiculée au grand public.
Je crois par ailleurs qu'on peut retrouver des explications semblables (en regard du développement de l'athérome dans la tunique interne de l'artère et non dans sa lumière ainsi que vis-à-vis le fait que le cholestérol alimentaire n'influence pas le cholestérol sanguin) aussi facilement que sur des sites dénichés via Google en tapant «formation athérosclérose» et «athérosclérose cholestérol». Ceci n'empêche pas le fait que des explications ultra (peut-être trop) simplifiées sont effectivement transmises au grand public (on a cette tendance à ne pas entrer dans le détail ou simplement à rester dans le «simplicisme» par rapport à l'emplacement où se déroule réellement le développement de l'athérome) et que de fausses informations sont véhiculées dû à une mauvaise interprétation de la littérature scientifique, des conclusions hâtives (les résultats des études sont souvent controversées), une absence de renouvellement des informations auprès de la dite littérature scientifique (car en toute science, les découvertes et informations changent si rapidement)... Ainsi, même si l'information plus scientifique (demeure vulgarisée malgré tout) est relativement accessible au grand public via Internet, il est clair que des sites et blogs démystifiants les propos trop vulgarisés de certain(e)s est une excellente chose. Bref, bonne continuité !

    Un livre que je n'ai pas terminé de lire (sans lien direct avec le présent sujet de discussion, bien contre la science en nutrition et l'industrie alimentaire), fort intéressant tout de même : In defense of food : an eater's manifesto - Eat food. Not too much. Mostly plants. de Michael Pollan.


    Caroline Wang
    Étudiante en nutrition
    Université de Montréal

  3. Frank a dit…
  4. Bonjour Caroline. Tu apportes de bon points. Il est vrai que l'information que j'apporte ici peut facilement être corroborée par différentes ressources facilement accessibles sur internet. Il est malheureux d'observer cette tendance des médias populaires à tout (trop) simplifier et à sortir les informations de leur contexte. Einstein disait qu'il faut simplifier suffisamment les choses pour les rendre compréhensibles, mais non pas pour les rendre fausses. Tous les points que tu soulèves peuvent en effet influencer négativement l'interprétation de la science. Merci pour ton support et n'hésite pas à commenter et à apporter ton point de vue. Le but de ce site est d'échanger et d'évoluer tous ensemble. J'ai grandement (grandement) à apprendre encore.

    Pour ce qui est du livre de Micheal Pollan, il n'est pas mauvais, mais il a une tendance végétarisme, qui selon moi, n'est pas optimale pour la santé. J'accroche sur le ''mostly plants''.

    Mais je vais m'expliquer plus profondément plus tard.

    Merci pour ton commentaire!